Depuis plus d’un an, le GRAM travaille sur la question du numérique et ne cesse de démontrer que l’avenir des radios locales passe par la mutualisation des « moyens ».

 

 

C’est dans ce cadre que depuis le mois de mai 2007, le groupement exploite sur la zone de Nantes un site de diffusion analogique commun, et participe aux expérimentations de la RNT en France2. L’objectif de ces expérimentations est de mener une étude objective sur la norme DAB+ et T-DMB, afin de déterminer les capacités d’accueil, la qualité sonore du signal, la couverture, les possibilités offertes par les données associées,… pour définir les avantages et inconvénients de chaque norme et trouver des solutions qui permettront aux radios locales de rester indépendantes, en gardant la maîtrise de leur diffusion, comme elles le font aujourd’hui en FM.

 

L’association DR, dont nous sommes le partenaire, a toujours fait preuve d’une grande transparence quant aux résultats des expérimentations (disponibles sur le site internet DR) Cette démarche a pour but de favoriser le débat public entre les différents acteurs du secteur et de permettre un compromis qui satisfasse tout le monde.

 

Alors que les expérimentations sont toujours en cours et que le débat public n’a pas eu lieu, le GRAM s’étonne que l’arrêté signal déterminant la norme soit brusquement signé. En effet le 5 décembre dernier, Le GRAM a appris par voie de presse, la décision prise par le gouvernement fixant le DRM et le T-DMB comme norme unique de la future RNT, alors qu’il est désormais démontré que le choix du multistandard est techniquement et politiquement réalisable.

 

Le GRAM s’étonne de ce lobbying qui a conduit la Ministre de la Culture à n’entendre que les radios « dominantes » du secteur, ne représentant que 3 catégories de radios sur les 5 existantes en France, et composé de 20 radios nationales contre près de 700 radios locales. Le GRN semble donc avoir pesé de tout son poids sur les instances gouvernementales pour faire passer le T-DMB comme norme unique au détriment d’une autre norme moins coûteuse et plus adaptée aux applications radio, qui permettrait aux radios locales de pouvoir passer plus facilement au numérique.

 

D’autres questions persistent encore. Les expérimentations T-DMB encore en cours doivent démontrer que la réception en « indoor » donne d’aussi bons résultats qu’en DAB+, pour une puissance et un débit équivalent. De plus, la question, maintes fois soulevée, d’interopérabilité entre la FM et le T-DMB reste sans réponse (la norme T-DMB ayant été développée pour la télévision et non pour la radio, les futurs récepteurs T-DMB ne seront pas capables de basculer automatiquement d’une station analogique au numérique et vice versa, contrairement au DAB+. En effet, le T-DMB n’est pas compatible avec le RDS5, pourtant utilisé par la grande majorité des radios FM françaises,…). De plus aucune réflexion commune n’a été menée autour des usages immédiats et futurs qui pourraient être proposés aux auditeurs sur l’écran du récepteur (quelle part pour les données pratiques, publicité, engagement des radios,…).

 

Le GRAM s’inquiète et veut souligner les risques de ce choix. Pour le GRN il s’agit d’un enjeu économique, qui permettrait une cohérence des différents supports des groupes de radios qui sont présents à la fois sur le marché des mobiles, de la radio et de la télévision. En revanche pour le monde des radios locales commerciales et associatives, l’enjeu est différent puisqu’il s’agit de notre survie et du maintien de notre indépendance. Inquiétude accentuée par le fait que le T-DMB n’est pas une norme faite pour diffuser la radio, mais bien pour diffuser la TMP (voir son utilisation en Corée du Sud). Le DAB+ n’est pas une technologie vieillotte comme l’affirme certains, c’est la norme la plus récente de la famille DAB, et développée spécifiquement pour la radiodiffusion, elle a été validée par l’ETSI6 en février 2007.

 

Nous avons prouvé lors de nos expérimentations que la consommation en bande passante est plus gourmande en T-DMB, à qualité sonore équivalente, réduisant ainsi le nombre de radios pouvant être accueillies sur un multiplexe.

 

Enfin les coûts de diffusion sont nettement supérieurs en T-DMB, ce qui entraîne de nombreuses interrogations… Nous rappelons ici les mots de Madame la ministre « Le gouvernement portera donc une attention toute particulière aux acteurs les plus fragiles, notamment les radios associatives, qui ne doivent pas rater ce tournant essentiel, faute de moyens ». Si la seule norme T-DMB est maintenue, l’estimation que nous faisons des fonds qui devront être débloqués par le gouvernement pour donner l’accès au numérique aux acteurs les plus fragiles est de 30 000 000 €, ensuite la notion de diffusion par un opérateur privé ou le maintien de l’autodiffusion (moins coûteuse à long terme) reste posée. Selon nos calculs le coût d’investissement par station pour une diffusion en T-DMB est d’environ 32 000€ (sans données associées), sachant que plus de 700 radios pourraient prétendre accéder à ce fonds. Elles doivent, au même titre que les radios nationales bénéficier de la même ressource (bande III en priorité et la bande L en zone frontalière). Dans le cas où les radios ne pourront pas se regrouper pour former un multiplexe et investir dans leur propre matériel, elles doivent bénéficier de la part des opérateurs de diffusion (TDF, Towercast, VDL,..) des mêmes conditions d’accès, et être soutenues financièrement.

 

A l’évidence, le DAB+ semble le plus adapté, pour des raisons de coût, de capacité d’accueil, des possibilités offertes dans le domaine des données associées à la frontière avec un autre métier : la télévision. Sans être convaincu par la pertinence du T-DMB pour la radio, le GRAM souhaite, comme la technologie le permet, laisser la liberté à chaque éditeur de choisir la norme qui lui semble la plus adaptée. Ensuite des aménagements pourront être faits, selon les usages, et selon le marché…L’auditeur fera son choix, et la radio numérique européenne se dessinera !

 

Nous renouvelons notre intérêt pour la RNT en France, et nous sommes conscients que la radio va connaître dans les prochaines années une véritable mutation. Nous souhaitons que la RNT connaisse le même succès que la TNT, et que les radios locales y soient associées.

 

Le GRAM (Groupement des Radios Associatives de la Métropole nantaise).